Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /Déc /2008 12:16
AVERTISSEMENT : La fiction suscite la fiction. Un fort beau texte, publié en réaction aux Mystères par «Contes de Paris», nous permet de goûter aux délices littéraires et politiques du «Communisme du XVIIe siècle». Il faut le reconnaître, lecteur, c'est un texte d'Ancien Régime. Il est rempli de ci-devant et porte trop la marque d'une époque où le fanatisme règnait encore. Mais l'esprit que montre l'auteur, la grâce de son style et surtout un je-ne-sais-quoi qui fait deviner un ami de la liberté ne sauraient trop nous encourager à le lire.



LETTRE D'UN GENTILHOMME PARISIEN

à un parent de province .


Mon cher cousin,

     Je dois vous rapporter une affaire fort plaisante qui agite cet hiver les salons parisiens.

    Toute l’affaire vient d’un billet anonyme lequel, contrefaisant le style et le ton de quelques uns de nos grands auteurs modernes que vous appréciez tant , fronde la cour de monseigneur le comte de Paris. Le parti dévot est en fureur et menace des foudres divines et royales les quelques libertins qui diffusent le libelle outrageant.

    Les pages du duc de La Villette font le siège des libraires qui le vendent ; Ils grondent, tonnent, forment des petites troupes armées, parlent de refaire une sorte de ligue contre ces méchants libertins, coupables d’irréligion et de lèse-majesté, et qui soutiennent de surcroît les sujet rebelles défiant l’autorité du roi très Catholique dans ses possession de l’Ile de Cuba. Pour expier les péchés qui souillent le parti catholique, le Roi, la France et la Religion, ils font de grandes de procession sous la bannière de Sainte Anne. Le peuple est tout émerveillé de voir les jeunes gentilshommes ainsi défiler dans les rues, parés de leur livrée rouge cousue d’or, chantant à tue tête des cantique en l’honneur de Sainte Marie, Saint Patrice et Saint Gérard.

    Le comte de Mauxbourg, dont on loue la sagesse et qui vient de faire imprimer un ouvrage de piété salué par tous, évoque le sombre souvenir des guerres intestines qui déchirèrent le royaume et prie pour la réconciliation des parties et des coteries.

    Vous le voyez, à Paris, les esprits s’échauffent dans l’attente des états généraux que la Régente vient de convoquer. La cours bruissent de rumeurs et l’on dit que les Etats ne serviraient qu’à substituer à la régence un conseil des princes de sang qui pourtant se haïssent tant. Ce n’est donc pas demain que cesserons les querelles et que notre pauvre souverain pourra exercer tout son pouvoir. Nous somme donc fort occupés ici, nous attendons des nouvelles des provinces. Écrivez moi vite, mon cher cousin, pour nous en informer.

Contes de Paris

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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /Déc /2008 21:32


LES MYSTÈRES DE PARIS

Fantaisie politique en plusieurs tableaux,
sans ordre ni raison,
ni foi, ni loi.



AVERTISSEMENT IMPORTANT.

    Lecteur, si tu crois que ce texte n’est pas une fiction, tu te trompes. Que dis-tu ? Qu’on dirait à s’y méprendre le congrès départemental de Paris, tel qu’il s’est tenu les 28, 29 et 30 novembre 2008? C’est bien mal connaître le PCF. La réalité, ce n’est pas dans cet ouvrage frivole que tu la trouveras, mais dans l’auguste livre qu’un de nos plus illustres anciens vient d’écrire. Les dirigeants sont révocables lors des congrès. Voilà la réalité! C’est l'autorité et le respect qu'on porte à leur action et à leur comportement qui les fait élire. Voilà encore la réalité!
    Maintenant, au diable la réalité et place à la fiction!




TABLEAU PREMIER : CONVERSATION ENTRE A ET B

La scène se passe pendant la commission des candidatures.

B : Pourquoi votes-tu contre cette proposition? Tu figures sur la liste!

A : Je suis mandatée par ma section pour voter contre toute proposition sur laquelle figure C.

B : Tu n’es pas assez politique : tu n’arriveras à rien si tu cherche à éliminer les sortants. Fais plutôt comme moi : la seule chose qui compte, c’est d’entrer sur la liste, peu importe avec qui.

A : Même avec C?

B : Bien sûr. Une fois que tu es élue au CN, tu ne peux plus en sortir. Les sortants sont toujours reconduits. Tu es beaucoup plus jeune que C. Il partira avant toi. Il te suffira d’attendre un congrès ou deux.

Lecteur, que croyez-vous qu’il arriva? La candidature de B fut retenue, bien sûr. Quant à A, elle respecta le mandat qui lui avait été donné et son nom ne fut pas retenu.




TABLEAU SECOND : L’UNION SACRÉE

Chef A, Chef B, Chef C et Chef D sont des dirigeants nationaux qu'il est question de reconduire. Depuis toujours ou presque, ils se combattent les uns les autres, et cette guerre interminable paralyse le parti. Petit x, Petit y et Petit z sont des militants, un peu naïf assurément, qui souhaitent un renouvellement de la direction. Vieux H est un ancien dirigeant.

Petit x : Je propose un critère de choix très simple. Chef C et Chef D siègent au Conseil national depuis bien plus de dix ans chacun. Ne retenons pas leurs deux candidatures.

Petit y : Je voudrais une précision sur le vote que nous allons avoir. Si je comprends bien les nouveaux statuts, nous allons pouvoir rayer des noms, c’est bien cela?

Chef B, de la tribune: C’est bien cela, oui. On peut aussi en ajouter.

Petit z : Je suis d’accord avec Petit x. Rayons les noms de Chef C et de Chef D, d’autant que Chef D, il y a bien longtemps déjà, nous a joué des tours dont nous nous repentons, et que Chef C, lui, est l’artisan principal de la stratégie qui nous a conduit à notre échec le plus retentissant.

Chef B, de la tribune : Les camarades! Les camarades! Permettez-moi d’intervenir. D’abord, je crois qu’il nous faudra revoir ces nouveaux statuts. Vraiment! Rayer des noms, c’est méchant. Soyons gentils et n’en rayons pas ! Ensuite, je voudrais dire que ce qui compte vraiment, c’est de savoir quels sont ceux qui travaillent. Et bien moi, je peux vous dire que ceux dont nous parlons me rappellent toujours au bout de dix minutes quand je laisse un message sur leur répondeur. Vous voyez !

Chef A, de la tribune : Si vous me permettez d’intervenir, je voudrais dire quelques mots à propos de Chef B, de Chef C et de Chef D. Ce sont des camarades absolument remarquables et je tiens à faire savoir que je soutiendrai pleinement ces trois candidatures.

Petit x, à Petit y : Je n’ai pas rêvé, A était bien là à notre conférence de section ? Elle a nécessairement entendu que toute la section était opposée à la reconduction de C à la direction nationale, non ?

Vieux H, la voix tremblante : Mes amis, mes camarades, nous sommes une grande famille! Nous nous aimons. Nous devons tous nous aimer. Aimer, c’est bien! Regardez! Moi! J’aime A. J’aime B. J’aime C. J’aime D. Nous devons nous aimer. Aimons-nous! Aimons-nous! Aimons-nous! Je vous aime!

Lecteur, que croyez-vous qu’il arriva ? A, B, C et D furent reconduits tous les quatre et ils purent à nouveau s’entredéchirer à loisir.




TABLEAU TROISÈME : LAISSE BÉTON.

On amende la base commune. C’est l’occasion d’un débat sur les transformations nécessaires du Parti.

A : Je demande un vote sur le nom du Parti. Plusieurs Chefs se sont prononcés pour un changement de nom. Pourquoi n’en parlons-nous plus ? Dans notre section, nous souhaitons que le Parti affirme clairement qu’il gardera son nom actuel et que le congrès soit l’occasion d’un vote clair à ce sujet.

B : Évidemment, c’est vrai, si un tel vote devait vraiment avoir lieu, je voterais pour. Mais en realité, ce serait beaucoup mieux de ne pas voter, non ?

À la demande insistante de A, le vote a lieu. Une majorité très nette se prononce pour le maintien du nom. La discussion sur le texte continue.

C : Nous devons nous métamorphoser.

D : Non ! C’est une novation qui est nécessaire.

C : Dans ce cas je propose que que nous parlions de révolution.

B : Nous avons besoin de refonder notre action et de repenser les changements nécessaires.

E : Créons une commission pour décider des transformations nécessaires !

Étrangement, la salle semble majoritairement hostile à cette frénésie transformiste. Des votes étonnants se succèdent : Cuba est à nouveau considéré comme une «référence», on supprime le mot «métamorphose», les amendements qui poussent à la transformation sont repoussés. Cela ne peut pas durer!

F, Grand Rédacteur : Le texte que nous amendons l’affirme d’emblée : dans la phase critique que traversent le monde, notre pays, les forces de gauche et notre propre parti, il s’agit bel et bien de repenser le sens et les moyens de la transformation sociale, et d’engager pour notre part « un travail de refondation de nos analyses, de notre projet et de l’avenir de notre parti ». C’est ambitieux, mais avons-nous le choix ? Ne pas le faire serait mettre en péril l’avenir de notre combat. La question de l’amplitude de notre ambition est importante. Il n’y a aucune issue aux difficultés que nous rencontrons sans chercher à prendre la mesure, dans nos analyses, dans nos choix, dans nos actes, de la profondeur des attentes qui travaillent notre peuple. Renoncer à y apporter des réponses, c’est à coup sûr se marginaliser. Or, ces attentes mêlent de très fortes urgences sociales et un réel désarroi politique sur les moyens d’y répondre. Les questions du sens et de la crédibilité des changements taraudent sans cesse nos concitoyens justement parce qu’ils n’ont pas renoncé à espérer ce changement. Relever le défi de notre avenir, c’est répondre à cette question : à quoi sommes-nous utiles pour retrouver le chemin d’un changement utile à notre peuple ? Par conséquent, il est parfaitement clair que nous ne devons pas bétonner le texte comme nous sommes en train de le faire ! Il faut faire un choix clair et un seul. On ne peut pas dire à la fois qu’il faut faire le choix du Parti et qu’il faut le transformer. Nous n’avons pas d’autre choix que celui de la transformation ! Assez de béton, assez de béton !

Pourtant, la tendance à ce que F appelle le bétonnage se poursuit. Juste avant le vote final sur le texte, un enfant de cadre supérieur, qui avait tant d’espoir dans la transformation, laisse éclatter son dépit.

G : Camarade, je voterai contre le texte tel que nous l’avons amendé. Mesurez-vous la portée de vos choix? Obstinez-vous dans l’erreur, et vous verrez! Bientôt, à cause de vous ou grâce à vous, le Nouvel Autre Parti, aura de nombreux nouveaux adhérents! Vous verrez, vous verrez… Mais heureusement la Fédération de Paris ne dirige pas le Parti! Heureusement, il y a d’autres fédérations, et je garde un espoir :  le Congrès national réparera toutes les fautes que vous avez commises!

Lecteur, que croyez-vous qu’il arriva ? Le texte fut voté par une majorité très nette… et pourtant c’est G qui fut désigné comme délégué pour porter ce texte amendé au Congrès national. – G ? Celui que nous venons d’entendre ? – Lui-même, lecteur, lui-même.




TABLEAU QUATRIÈME : CUBA SI ? CUBA NO !

La scène se passe pendant une pause, devant une machine à café.

A : Qu’est-ce que c’est que ce vote favorable à Cuba? On se croirait revenu cinquante ans en arrière!

B : En tout cas, ils peuvent toujours voter… S’ils croient que nous défendrons des amendements pareils au Congrès national, ils me font bien rigoler!

Lecteur, que croyez-vous qu’il arrivera ? A et B participeront au Congrès national, aux côtés de G, et personne ne saura que la fédération de Paris a dit «Cuba si».



TABLEAU CINQUIÈME : OÙ L’ON VOIT LES STATUTS ENFIN DÉBOULONNÉS.

Il faut élire une délégation au Congrès national.

A, de la tribune : Qui veut réagir à la proposition de délégation que B vient de nous présenter ?

Petit w : G peut-il nous représenter après ce qu’il a dit ?

Petit x : H n’a pas dit un mot du congrès. Qui sait ce qu’il pense ?

Petit y : I, J, K et L sont des défenseurs acharnés de la transformation. Ils sont surreprésentés dans la délégation au regard de nos débats.

Petit z : M et N se comportent comme des animateurs de tendances et pourtant ils sont proposés dans la délégation. Ce n’est pas comme cela que nous pourrons construire du commun.

A, de la tribune : Je redonne la parole à B, pour qu’il réponde au nom de la commission.

B, de la tribune : Il est tard. Je propose de garder la délégation en l’état et de voter sans plus attendre.

A, de la tribune : Qui est pour ?

Lecteur, que croyez-vous qu’il arriva ? Le vote eut lieu à main levée et la délégation choisie par B fut ainsi désignée. – Et les statuts ? – Les statuts, lecteur ? Ils imposaient un vote à bulletins secrets pour l’élection des délégués. Mais entre nous, lecteur, qui a lu les statuts ?




MORALITÉ

Pour que notre Parti enfin soit plus charmant,
Il faut changer, dit-on, de veste et de figure.
Le militant trop droit qui craint ces changements
Et gagne ici ou là quelque réécriture
Croit changer le Parti par ces amendements.
Rien ne change pourtant pour les candidatures !

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